Pour compléter le cours sur l'Appendice au De deo.
Salut la TL4. Voici quelques notes de cours qui vous permettront de ne pas être complètement dépassés par les événements. Pour commencer, la dernière partie du commentaire de l'Appendice au De Deo qu'il nous restait à expliquer (La troisième partie du texte III-A).
Nous l’avons vu : les notions à partir desquelles nous évaluons la réalité (bien et mal, beau et laid, etc.) ne relèvent pas d’une compréhension rationnelle des choses qui composent celle-ci. Ces notions relèvent d'un ensemble de représentations liées à la manière dont notre corps est affecté par ces choses. Voilà la leçon de la première partie du texte.
Pour montrer à quel point tout jugement de valeur porté sur la réalité ne fait qu'exprimer un certain état de notre corps et en aucun cas la nature elle-même, Spinoza nous invite à réfléchir sur les notions d'ordre et de désordre.
Qu’est-ce qui nous donne le sentiment du chaos ou l’harmonie ? Qu’est-ce qui fait que lorsque je rentre dans une pièce (la chambre de mon fils, par exemple) je la juge bien rangée ou au contraire dans un état de « pagaille » comme on dit ! La question pourrait se poser à propos d’une infinité de choses (le professeur et sa classe studieuse… ou chahuteuse ; le C.R.S et les manifestants disciplinés… ou émeutiers ; etc.). Bref, nous sommes tous capables de faire une distinction entre des ensembles ordonnés ou au contraire dans lesquels règnent un état de confusion. La question que pose Spinoza, dans cette dernière partie du texte est bien de savoir si cet ordre ou ce désordre, dont nous faisons l’expérience, correspond bien à une réalité objective. En d’autres termes : peut-il y a avoir quelque chose comme de l'ordre ou du désordre dans la nature ?
La réponse de Spinoza à une telle question est clairement affichée : « ceux qui ne comprennent pas la nature des choses (…) croient fermement qu’il y a de l’ordre dans les choses » (l. 162-165).
Affirmer que l’ordre (ou le désordre) que nous percevons dans la réalité est inhérent à la réalité elle-même relève d’une pure et simple croyance ! Voilà ce que cherche à nous faire entendre ce philosophe.
Mais dans ce cas, d’où vient en effet cette distinction que nous établissons entre une réalité en ordre ou en désordre ?
Non pas d’une compréhension rationnelle des choses (de leur véritable « nature ») mais seulement de notre mémoire ! Je cite la suite du texte : « quand elles ont été disposées de telle sorte que lorsqu’elles se représentent à nous par les sens, nous avons du mal à les imaginer et par conséquent à nous les rappeler, nous disons qu’elles sont en bon ordre » (l 167-169). Comment faut-il comprendre cela ?
Quand les choses que nous percevons actuellement sont entre elles dans un rapport (spatial, par exemple) identique à celui que nous avons l’habitude d’établir entre elles, nous n’avons « aucun mal à les imaginer » (l. 167). Autrement dit : nous n’avons aucun mal à faire correspondre notre perception actuelle du rapport que ces choses entretiennent entre elles avec l’image mentale que nous avons forgé de leur relation. Comme le dit le texte : « nous n’avons pas de mal (…) à nous les rappeler ».
Pour rendre ceci plus clair, prenons un exemple. Je considère que la chambre de mon fils est bien rangée si les rapports (dans l’espace) qui existent entre les éléments qui composent la chambre (le lit, le tapis, le coffre à jouets etc.) concordent avec ceux que je considère comme des rapports naturels ou nécessaires : le tapis ‘‘doit être’’ au bas du lit ; les jouets dans le coffre etc. J’ai le sentiment que la chambre est en ordre parce qu’il n’y a aucun décalage entre ma perception actuelle et mon image mentale de la chambre et rien ne vient perturber le processus de recognition.
En revanche, trop de différences entre ma perception actuelle et ma représentation des rapports que les éléments de la chambre doivent entretenir entre eux (supposons que je perçoive le tapis sur le lit, et tous les jouets éparpillés hors du coffre etc.) entraîne un effort plus violent pour établir une correspondance entre la perception actuelle et l’image que je me fais de la chambre en ordre. Naît alors le sentiment du désordre.
Mais qu’est-ce qui me pousse à considérer comme naturel, ou nécessaire, le rapport que j’imagine entre le lit, le tapis et le coffre à jouet ? Ce n’est qu’une question d’habitude. C’est le résultat de la mémorisation d’une certaine façon (sans doute la plus aisée) pour mon corps de ce déplacer dans cet espace. Le sentiment ou l’idée de désordre n’est que l’expression d’une tristesse que produit sur mon corps un certain arrangement.
Mais est-il dans la « nature » des jouets d’être dans le coffre ? Je ne suis pas certain que mon fils serait de mon avis. On peut parfaitement supposer que son corps se déploiera plus joyeusement dans ce que je perçois comme du désordre. Ce qui est confusion pour moi est un parfait arrangement pour lui.
Aussi, dans l’absolu, que les jouets soient dans le coffre ou sur le tapis, ils entretiennent des rapports parfaitement ordonnés entre eux puisque ces rapports sont intégralement structurés par les lois nécessaires de la nature. En soi, aucune composition n’est plus en ordre ou plus en désordre qu’une autre.
On voit donc que le jugement que nous portons sur le réel dépend uniquement de la manière dont notre corps est affecté : en aucun cas de la réalité en elle-même qui toujours se déploie, quel que soit son état, selon une nécessité intégrale. Distinguer entre une réalité ordonnée et confuse n’est donc qu’un point de vue de l’imagination, « comme si l’ordre était quelque chose dans la nature indépendamment de notre imagination » (l. 171-173).
A partir de cette analyse, que penser de l’idée selon laquelle « Dieu a tout créé en ordre » ? (l. 173).
Spinoza conclut que si l’organisation, ou encore les rapports, que nous percevons comme nécessaires entre les choses ont été instaurés par une volonté divine ; s’ils trouvent leur raison d’être dans un plan ou dans le projet d’un créateur... Bref associer mentalement préjugé finaliste et illusion d’un ordre inhérent aux choses revient à accorder à Dieu lui-même « de l’imagination » (l. 174).
Outre que cela revient naturellement à avoir une conception anthropomorphique de Dieu ; cela – et c’est ce point qui est essentiel - réduit à néant sa perfection. En effet, si Dieu produit toutes choses à partir de ce qu’il imagine cela signifie que l’ordre universel n’est que l’expression de l’état de son corps ; autrement dit de ses affects et plus précisément de ses passions… Ce qui est parfaitement absurde - un Dieu créateur n’ayant ni corps ni passions. On peut se remarquer que le Dieu créateur que l'on présente dans des récits comme le déluge et fondamentalement motivé dans safaçon d'oeuvrer par des passions triste (colère, espoir etc.).
Il est donc difficle de concevoir un Dieu créateur autrement que comme un Dieu fantaisiste, produisant un ordre totalement arbitraire, pour ne pas dire délirant. Là encore une telle contradiction disparaît avec le concept de Dieu-nature.
Si l’on répondait à cela que Dieu a créé les choses non pas arbitrairement mais selon un ordre qui satisfasse l’imagination humaine, on voit bien qu’on ne sort toujours pas d’une conception anthropocentrique de la réalité (avec toutes les conséquences absurdes déjà établies).
Considérer que Dieu a créé toutes choses en prenant comme critère le regard que l’homme porte sur le monde est un argument intenable. En effet, il suffit de comparer la représentation ridicule que notre perception sensible offre de l’univers – « à cause de sa faiblesse » (l.179) - avec celle que nous procure la raison et la science – et qui est infiniment plus complexe. Ce que nous permettent d’observer de la nature nos seuls yeux n’est rien en comparaison de ce qu’elle contient ! Comme dit le texte : « on en trouve une infinité qui dépasse de loin notre imagination, et un très grand nombre qui la confondent, à cause de sa faiblesse » (l. 178-179). Dans ce cas pourquoi avoir créé un univers aussi complexe quand on considère ce que les hommes peuvent appréhender de celui-ci par la simple perception sensible !

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