TES1, Notes sur le chapitre XVII du Prince, de Machiavel.
Machiavel, Le prince, chapitre XVII.
Le texte présente la même structure que le précédent : cette fois, Machiavel se demande s’il vaut mieux donner l’image d’un prince cruel ou clément ? Sachant que pour avoir une telle réputation, il faut agir en conséquence. Autrement dit, pour paraître cruel ou clément le prince doit l’être dans ses actes.
Comme dans le précédent chapitre, l’auteur considère que l’homme politique ne peut réussir que s’il a la réputation d’être cruel (donc s’il fait œuvre de cruauté).
On peut diviser ce chapitre en trois parties :
- Dans une première partie, du début à « de méfiance intolérable », Machiavel explique qu’il vaut toujours mieux avoir, aux yeux du peuple, la réputation d’être cruel que bienveillant pour pouvoir conserver le pouvoir.
- De « sur ce point un problème se pose » à « et viennent très vite à lui manquer » il précise pourquoi il vaut mieux, pour le prince, inspirer la crainte qu’un sentiment d’amour à l’égard de ses sujets : parce que les hommes n’agissent qu’en fonction du leur seul intérêt.
- De « Quand le prince se trouve à la tête de ses armées » jusqu’à la fin : Machiavel montre que la cruauté est indispensable pour réussir dans un état de guerre.
I - Le texte commence de la même façon que le chapitre précédent : Dans l’idéal, il serait bon qu’un prince se montre plein de compassion à l’égard de ses sujets et avoir la réputation d’être bienveillant plutôt qu’enclin à la cruauté. Oui, mais à condition que cette réputation ne se retourne pas contre lui, et ne provoque pas l’effet inverse de ce qu’il cherche à obtenir en étant bienveillant, à savoir : la conservation du pouvoir et - par conséquent - la prospérité de ses sujets ! En revanche, si ce souci de paraître dépourvu de cruauté doit provoquer le malheur du peuple, alors il vaut mieux s’abstenir d’un tel souci.
On voit donc que la réputation de bonté, le prince doit l’utiliser à bon escient, c’est-à-dire en fonction des circonstances. Le prince ne doit vouloir en aucun cas paraître bienveillant inconditionnellement. Le prince doit se montrer capable de cruauté, alors même qu’au fond de lui il appelle de ses voeux l’amour de ses sujets.
Cela n’est pas contradictoire tant que le prince n’hésite pas à se servir du mal, de la souffrance ou de la cruauté comme d’un instrument pour la conservation du pouvoir politique ; tant qu’il ne recherche pas le mal pour lui-même. Que le prince soit cruel (capable de faire usage du mal comme un bon moyen politique), ne signifie donc pas qu’il soit maléfique (cultivant le mal comme fin en soi).
Aussi Machiavel prend pour exemple César Borgia, qui a la réputation d’être un politique extrêmement cruel, mais qui ne doit toutefois pas être perçu comme un prince des ténèbres : sa cruauté n’est jamais gratuite, elle sert toujours l’Etat et s’avère féconde pour l’action politique dans sa visée la plus noble : la paix civile. On voit donc que la cruauté de César Borgia est animée non par une passion de faire le mal mais par un souci d’humanité. Borgia se salit les mains pour le bien du peuple ; parce que, comme dit le texte, « l’unité et la fidélité des sujets sont en jeu » (p. 166).
II - Mais pourquoi faut-il faire preuve de cruauté ? Pourquoi ne peut-on pas conserver le pouvoir si l’on règne uniquement en se basant sur des liens d’amitié ? Pourquoi ne peut-il pas y avoir d’amitié en politique ?
Pour nous faire comprendre cela, Machiavel énonce à nouveau une loi de la psychologie contre laquelle il serait complètement fou d’aller. Cette loi peut s’énoncer ainsi : les hommes ne sont, dans leurs conduites, animés que par une seule chose, la poursuite de leur intérêt propre et tous leurs rapports aux autres y sont subordonnés. De ce fait, il n’y a que des amitiés de circonstance : tant que l’autre va dans mon sens, tant que son intérêt et le mien convergent et sont compatibles. En revanche, dès que cette communauté d’intérêt cesse, l’amitié se change aussitôt en rivalité. Aucune amitié n’est donc jamais acquise car les homme n’ont d’autres soucis qu’eux-mêmes. Il n’y a que des égoïsmes (et le mal ne vient que de cela).
Evidemment, le prince n’échappe pas à cette règle : tant qu’il agit dans l’intérêt de ses sujets, ceux-ci l’aiment ; mais dès que le processus s’inverse et qu’il agit contre leur intérêt, l’ingratitude des sujets l’emporte et le prince qu’ils aimaient hier encore deviendra sur le champ leur ennemi. D’objet d’amour il deviendra alors objet de haine et ses sujets seront prêts à le détruire comme un simple obstacle à l’affirmation de leur égoïsme. En somme, les hommes n’ont d’égard que pour eux-mêmes et pour leurs affaires. Or en affaire, il n’y a pas de sentiment.
On voit par-là que la seule solution pour tenir ses sujets sous son joug est de leur inspirer la crainte, c’est-à-dire de leur suggérer, quelques soient leurs motivations que la trahison du prince serait, pour eux, le plus mauvais des calculs. En leur montrant son aptitude à la cruauté, le prince s’assure d’une chose : même si les intérêts de ses sujets et les siens divergent, ils n’ont toutefois pas intérêt à aller contre ! La cruauté du prince permet de présenter la trahison comme un repoussoir, c’est-à-dire comme la plus inintéressante des solutions car elle leur ferait perdre la source de toutes leurs autres motivations ; l’attachement à la vie. La nature humaine est telle qu’elle pousse le prince à ne proposer comme seul pacte efficace entre lui et ses sujets le choix entre la fidélité et la mort.
Mais là encore, cette alternative doit être présentée de telle sorte qu’elle ne provoque pas chez les sujets un sentiment de haine, même si le prince ne doit s’attendre à aucune sympathie de ses sujets. Il suffit, pour cela que l’usage de la cruauté paraisse justifié aux yeux du peuple. Il faut, par exemple, que l’exécution de celui qui a trahit, aussi impitoyable soit-elle, ne présente aucun caractère arbitraire. Il suffit, pour cela de donner au peuple le sentiment que la décision du prince obéir à une logique universelle : n’importe qui aurait fait de même s’il avait été dans la situation du prince.
III - La dernière partie analyse l’usage de la cruauté à la guerre. Dans cette situation particulière, le prince doit recourir à la cruauté sans aucun état d’âme. En effet, la meilleure façon de tenir une armée est de lui inspirer, en plus du respect (lié à ses vertus de chef de guerre, comme la stratégie ou l’enthousiasme…), la terreur (liée à son caractère impitoyable). C’est la conjonction de ses deux sentiments dans le troupe qui fait de l’armée une totalité parfaitement efficace, capable de remporter des victoires.
Il serait bon de se demander pourquoi, alors qu’il analyse une des qualités dont doit disposer le prince, il prend des illustrations dans l’histoire guerrière (ici Hannibal et Scipion) ? Parce que même lorsque la paix s’est installée, les rapports de force n’ont pas disparu, ils sont devenu latents : la conservation du pouvoir est une guerre permanente dans laquelle le prince ne peut triompher que s’il dispose de qualités que l’on attend justement d’un chef de guerre. La politique est bien la continuation de la guerre par d’autres moyens : la négociation et les compromis, plutôt que les armes.
Le texte présente la même structure que le précédent : cette fois, Machiavel se demande s’il vaut mieux donner l’image d’un prince cruel ou clément ? Sachant que pour avoir une telle réputation, il faut agir en conséquence. Autrement dit, pour paraître cruel ou clément le prince doit l’être dans ses actes.
Comme dans le précédent chapitre, l’auteur considère que l’homme politique ne peut réussir que s’il a la réputation d’être cruel (donc s’il fait œuvre de cruauté).
On peut diviser ce chapitre en trois parties :
- Dans une première partie, du début à « de méfiance intolérable », Machiavel explique qu’il vaut toujours mieux avoir, aux yeux du peuple, la réputation d’être cruel que bienveillant pour pouvoir conserver le pouvoir.
- De « sur ce point un problème se pose » à « et viennent très vite à lui manquer » il précise pourquoi il vaut mieux, pour le prince, inspirer la crainte qu’un sentiment d’amour à l’égard de ses sujets : parce que les hommes n’agissent qu’en fonction du leur seul intérêt.
- De « Quand le prince se trouve à la tête de ses armées » jusqu’à la fin : Machiavel montre que la cruauté est indispensable pour réussir dans un état de guerre.
I - Le texte commence de la même façon que le chapitre précédent : Dans l’idéal, il serait bon qu’un prince se montre plein de compassion à l’égard de ses sujets et avoir la réputation d’être bienveillant plutôt qu’enclin à la cruauté. Oui, mais à condition que cette réputation ne se retourne pas contre lui, et ne provoque pas l’effet inverse de ce qu’il cherche à obtenir en étant bienveillant, à savoir : la conservation du pouvoir et - par conséquent - la prospérité de ses sujets ! En revanche, si ce souci de paraître dépourvu de cruauté doit provoquer le malheur du peuple, alors il vaut mieux s’abstenir d’un tel souci.
On voit donc que la réputation de bonté, le prince doit l’utiliser à bon escient, c’est-à-dire en fonction des circonstances. Le prince ne doit vouloir en aucun cas paraître bienveillant inconditionnellement. Le prince doit se montrer capable de cruauté, alors même qu’au fond de lui il appelle de ses voeux l’amour de ses sujets.
Cela n’est pas contradictoire tant que le prince n’hésite pas à se servir du mal, de la souffrance ou de la cruauté comme d’un instrument pour la conservation du pouvoir politique ; tant qu’il ne recherche pas le mal pour lui-même. Que le prince soit cruel (capable de faire usage du mal comme un bon moyen politique), ne signifie donc pas qu’il soit maléfique (cultivant le mal comme fin en soi).
Aussi Machiavel prend pour exemple César Borgia, qui a la réputation d’être un politique extrêmement cruel, mais qui ne doit toutefois pas être perçu comme un prince des ténèbres : sa cruauté n’est jamais gratuite, elle sert toujours l’Etat et s’avère féconde pour l’action politique dans sa visée la plus noble : la paix civile. On voit donc que la cruauté de César Borgia est animée non par une passion de faire le mal mais par un souci d’humanité. Borgia se salit les mains pour le bien du peuple ; parce que, comme dit le texte, « l’unité et la fidélité des sujets sont en jeu » (p. 166).
II - Mais pourquoi faut-il faire preuve de cruauté ? Pourquoi ne peut-on pas conserver le pouvoir si l’on règne uniquement en se basant sur des liens d’amitié ? Pourquoi ne peut-il pas y avoir d’amitié en politique ?
Pour nous faire comprendre cela, Machiavel énonce à nouveau une loi de la psychologie contre laquelle il serait complètement fou d’aller. Cette loi peut s’énoncer ainsi : les hommes ne sont, dans leurs conduites, animés que par une seule chose, la poursuite de leur intérêt propre et tous leurs rapports aux autres y sont subordonnés. De ce fait, il n’y a que des amitiés de circonstance : tant que l’autre va dans mon sens, tant que son intérêt et le mien convergent et sont compatibles. En revanche, dès que cette communauté d’intérêt cesse, l’amitié se change aussitôt en rivalité. Aucune amitié n’est donc jamais acquise car les homme n’ont d’autres soucis qu’eux-mêmes. Il n’y a que des égoïsmes (et le mal ne vient que de cela).
Evidemment, le prince n’échappe pas à cette règle : tant qu’il agit dans l’intérêt de ses sujets, ceux-ci l’aiment ; mais dès que le processus s’inverse et qu’il agit contre leur intérêt, l’ingratitude des sujets l’emporte et le prince qu’ils aimaient hier encore deviendra sur le champ leur ennemi. D’objet d’amour il deviendra alors objet de haine et ses sujets seront prêts à le détruire comme un simple obstacle à l’affirmation de leur égoïsme. En somme, les hommes n’ont d’égard que pour eux-mêmes et pour leurs affaires. Or en affaire, il n’y a pas de sentiment.
On voit par-là que la seule solution pour tenir ses sujets sous son joug est de leur inspirer la crainte, c’est-à-dire de leur suggérer, quelques soient leurs motivations que la trahison du prince serait, pour eux, le plus mauvais des calculs. En leur montrant son aptitude à la cruauté, le prince s’assure d’une chose : même si les intérêts de ses sujets et les siens divergent, ils n’ont toutefois pas intérêt à aller contre ! La cruauté du prince permet de présenter la trahison comme un repoussoir, c’est-à-dire comme la plus inintéressante des solutions car elle leur ferait perdre la source de toutes leurs autres motivations ; l’attachement à la vie. La nature humaine est telle qu’elle pousse le prince à ne proposer comme seul pacte efficace entre lui et ses sujets le choix entre la fidélité et la mort.
Mais là encore, cette alternative doit être présentée de telle sorte qu’elle ne provoque pas chez les sujets un sentiment de haine, même si le prince ne doit s’attendre à aucune sympathie de ses sujets. Il suffit, pour cela que l’usage de la cruauté paraisse justifié aux yeux du peuple. Il faut, par exemple, que l’exécution de celui qui a trahit, aussi impitoyable soit-elle, ne présente aucun caractère arbitraire. Il suffit, pour cela de donner au peuple le sentiment que la décision du prince obéir à une logique universelle : n’importe qui aurait fait de même s’il avait été dans la situation du prince.
III - La dernière partie analyse l’usage de la cruauté à la guerre. Dans cette situation particulière, le prince doit recourir à la cruauté sans aucun état d’âme. En effet, la meilleure façon de tenir une armée est de lui inspirer, en plus du respect (lié à ses vertus de chef de guerre, comme la stratégie ou l’enthousiasme…), la terreur (liée à son caractère impitoyable). C’est la conjonction de ses deux sentiments dans le troupe qui fait de l’armée une totalité parfaitement efficace, capable de remporter des victoires.
Il serait bon de se demander pourquoi, alors qu’il analyse une des qualités dont doit disposer le prince, il prend des illustrations dans l’histoire guerrière (ici Hannibal et Scipion) ? Parce que même lorsque la paix s’est installée, les rapports de force n’ont pas disparu, ils sont devenu latents : la conservation du pouvoir est une guerre permanente dans laquelle le prince ne peut triompher que s’il dispose de qualités que l’on attend justement d’un chef de guerre. La politique est bien la continuation de la guerre par d’autres moyens : la négociation et les compromis, plutôt que les armes.

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